Je m’informe sur les mares et leur environnement

Définition

D’après Sajaloli & Dutilleul, programme national de recherche sur les zones humides en 2001, la mare se définie par les caractéristiques suivantes :

  • étendue d’eau à renouvellement généralement limité ;
  • taille variable de quelques m² à 5 000 m²;
  • faible profondeur qui peut atteindre environ 2 m, permet à toutes les couches d’eau d’être sous l’action du rayonnement solaire, ainsi qu’aux plantes de s’enraciner sur tout le fond ;
  • d’origine naturelle ou anthropique;
  • dans des dépressions imperméables, en contexte rural, périurbain, voire urbain ;
  • alimentée par les eaux pluviales et parfois phréatiques ;
  • peut exercer un rôle tampon au ruissellement ;
  • sensible aux variations météorologiques et climatiques, elle peut être temporaire ;
  • présente une forte variabilité biologique et hydrologique interannuelle ;
  • possède un fort potentiel biologique et une forte productivité potentielle .

Les mares d’hier

L’Histoire des mares est liée à celle de l’Homme. La plupart d’entre-elles a en effet été creusée et entretenue afin de répondre à des besoins en eau liés à divers usages… Les traces les plus anciennes de mares datent du néolithique.

Les mares répondaient en premier lieu à un besoin en eau pour :

– un usage domestique (cuisine, toilette, lessive) ;

– un usage lié aux activités artisanales (vannerie, tannage, brassage du cidre, forge…) ;

– un usage de loisirs (baignade, pêche) ;

– un usage agricole (irrigation, abreuvoir du bétail, laver les chevaux, vivier à poissons, ruissage* du lin ou du chanvre).

D’autres mares ont été créées indirectement par des activités humaines telles que les mares formées par l’extraction de matériaux (tourbe, marbre, silex…) ou par des trous de bombes.

Avec le développement des réseaux d’eau potable sous pression, l’utilité des mares est devenue moins perceptible. Beaucoup ont alors disparu, soit naturellement, du fait d’un manque d’entretien, soit par comblement volontaire. On estime qu’il reste actuellement 10% des mares qui existaient sur le territoire national au début du XXème siècle et que cette raréfaction continue.

Pourtant, même si les mares ne semblent plus répondre directement aux besoins en eau domestique, elles continuent à rendre une quantité d’autres services : ce sont de véritables infrastructures naturelles.

Leur utilité, aujourd’hui

Ce n’est pas réellement la perte d’utilité qui a entraîné la disparition de ces mares, mais plutôt la méconnaissance de leurs rôles dans notre environnement. Dès lors, il est important de rappeler ces rôles pour justifier l’intérêt que l’on doit leur porter.

Intérêt hydrauliques

En freinant l’écoulement des eaux de pluies, la mare contribue à :

  • limiter l’érosion des terres agricoles, au même titre que les haies et les fossés ;
  • atténuer l’engorgement des réseaux d’assainissement et des stations d’épuration lors des pluies d’orage, en retenant une partie des eaux de ruissellement,
  • améliorer la qualité des eaux de ruissellement, en fonctionnant comme de véritables mini-stations de lagunage (sédimentation des matières en suspension, auto-épuration…).

Réserve d’eau dans la lutte contre l’incendie

Pour palier l’insuffisance du débit de conduite d’eau, principalement en milieu rural, la mare peut être utilisées efficacement pour lutter contre les incendies.

 

 

 

 

 

Réserve d’eau d’appoint pour certains usages (arrosage, lavage des bâtiments agricole…)

Pour ne pas gaspiller la ressource en eau potable, il est possible d’utiliser l’eau de la mare pour un certains nombre d’utilisations occasionnelles telles que l’arrosage du jardin, le lavage de véhicules ou bâtiments agricoles.

Abreuvoir pour le bétail

Pour les pâtures situées loin de l’exploitation ou nécessitant un apport régulier d’eau, la mare est une alternative peu coûteuse pour l’abreuvement du bétail.

Des réserves d’eau pour la faune

La mare constitue un point d’abreuvement, un riche « garde-manger », ou encore un simple lieu de repos pour la faune sauvage.

Intérêt culturel

Comme les lavoirs ou les fontaines, les mares témoignent d’une activité passée. Elle constitue un élément du patrimoine local.

Amélioration du paysage

La mare améliore le cadre de vie et enrichit le paysage en apportant une touche de nature dans un cadre souvent urbanisé ou monotone.

Outil pédagogique

De petite taille, la mare est un lieu privilégié pour la découverte de la biodiversité des zones humides et la sensibilisation à l’écologie.

 

 

 

 

 

Réservoir de biodiversité

La mare est un écosystème d’une grande diversité animale et végétale. De nombreuses espèces dépendent de ces eaux stagnantes pour vivre, se reproduire, se nourrir ou s’abreuver. Ainsi, 30 % des espèces protégées au niveau régional vivent dans ce milieu.

Découvrez notre publication sur l’utilité des mares.

Lieu de vie 

La végétation de la mare

La végétation est indispensable à la vie dans la mare. Ainsi, les plantes ont plusieurs fonctions importantes dans la mare :

– elles libèrent de l’oxygène qui permet aux animaux aquatiques de respirer ;

– elles participent activement à l’épuration de l’eau ;

– elles forment des habitats très variés pour de nombreux animaux ;

– elles constituent la base de la chaîne alimentaire ;

– elles servent de support pour la reproduction de nombreux animaux ;

Plus la diversité floristique de la mare sera importante, plus la faune sera riche et diversifiée.

Les plantes de la mare se répartissent en fonction notamment de l’humidité du sol et de la profondeur de l’eau.

Lentilles d'eau - Yohan TisonAinsi, Les zones d’eau les plus profondes vont être colonisées par des végétaux qui se développent entièrement dans l’eau (=Hydrophytes). On y trouve des végétaux qui flottent librement (ex. : phytoplancton, Lentilles d’eau) et d’autres qui sont enracinés sur le fond (ex. ; nénuphar, myriophylle).

 

 

Dans les zones moins profondes, sur les berges, vont se développer des plantes semi-aquatiques (=Hélophytes) : elles sont enracinées sous l’eau mais leurs tiges, feuilles et fleurs sont aériennes (ex. : roseau, massette, …).

 

 

Iris jaune - Maud DEDRIEAux abords de la mare d’autres végétaux qui affectionnent les sols humides, mais ne poussant pas directement dans l’eau, vont pouvoir se développer. C’est le cas de l’Iris des marais et de certains arbustes et arbres qui aiment également les sols « frais », comme le saule.

 

 

Les habitants de la mare

La mare abrite une faune diversifiée. Les Amphibiens (grenouilles, crapauds, tritons, salamandres) et les Odonates (libellules et demoiselles) sont les espèces emblématiques de la mare. Mais bien d’autres animaux affectionnent ce milieux. On peut ainsi y rencontrer des mollusques, crustacés, vers, oiseaux, mammifères… Que ces animaux y  passent leur vie ou n’y soient que de passage, la mare leur permet de se nourrir, de se reproduire, de naître, de se reposer…

Les amphibiens

Le terme amphibien vient du grec « amphi bios » et signifie littéralement « double vie ». Comme les odonates, ils possèdent un cycle de vie particulier : une phase aquatique (têtards ou larves) et une phase terrestre (adultes). La mare est ainsi indispensable pour leur reproduction.

Les amphibiens se divisent en deux groupes :

– les anoures, qui signifie littéralement « sans queue » : grenouilles et crapauds

– les urodèles regroupent les amphibiens qui possèdent une queue : les tritons et les salamandres.

Grenouilles et crapauds

Grenouille verte - Nathalie Delatre

La  larve de la grenouille ou du crapaud porte le nom bien connu de têtard, se développe dans la mare. Progressivement, il développe ses pattes arrières, puis ses pattes avant, et finalement sa queue se résorbe. Il est prêt à partir à la découverte des milieux terrestres, où il passera la majeure partie de son existence. Il retournera seulement de temps à autre à l’eau, pendant la période de reproduction.

La crapaud a une peau beaucoup plus pustuleuse que celle de la grenouille.

Attention, la grenouille n’est pas la femelle du crapaud. Ce sont deux espèces différentes.

Tritons et salamandres

Les tritons et salamandres sont moins connus car beaucoup plus discrets notamment parce que ceux-ci ne chantent pas au printemps. Cependant, lors de la période reproduction, le mâle arbore de vivent couleurs et effectue une parade nuptiale.

La femelle triton enroule les œufs solitaires dans des feuilles de végétaux aquatiques.

La salamandre, quant à elle, donnant directement naissance à des larves. Elle se distingue également des autres amphibiens du fait qu’à l’état adulte, elle ne sais pas nager.

Les insectes

Les odonates

Le mot « libellule » désigne dans le langage courant la totalité des insectes à corps allongé et dotés de deux paires d’ailes membraneuses généralement transparentes. Il faut cependant faire la distinction entre les Libellules et les Demoiselles.

Les Libellules se reconnaissent à leur taille importante et leurs deux paires d’ailes qui restent ouvertes lorsqu’elles sont posées.

Les Demoiselles sont beaucoup plus petites et fines, et leurs deux paires d’ailes sont repliées vers l’arrière lorsqu’elles sont posées.

Comme les amphibiens, elles ont besoin de points d’eau stagnante pour se reproduire. Ce sont aussi des animaux aquatiques au stade larvaire.

Les libellule et les demoiselles possèdent une vision panoramique ainsi que la capacité de voler très rapidement. Ces caractéristiques en font de redoutables prédateurs pour les petits insectes (mouches, moustiques…).

Les insectes aquatiques

Outre la libellule, de nombreux insectes aquatiques vivent dans la mare. C’est le cas, notamment, du dytique et de la notonecte qui sont de terribles prédateurs capables de s’en prendre aux têtards d’amphibiens.

Le dytique est un coléoptère que l’on peut rencontrer dans la mare. C’est un redoutable prédateur, aussi bien à l’état larvaire qu’à l’état adulte, capable de tuer des proies plus grandes que lui. Sa larve possède de grandes mandibules servant à s’alimenter et un appendice situé à l’arrière de son abdomen pour respirer à la surface. L’adulte est large et bombé en forme d’ovale. Il remonte également à la surface pour emmagasiner de l’air sous ses élytres (paire d’ailes durcies).

La notonecte est une punaise aquatique que l’on appelle également abeille d’eau. Elle possède une paire de pattes postérieures développées qui lui permet de se déplacer rapidement en ramant de façon saccadé. On la reconnaît facilement par sa position caractéristique, sur le dos, inclinée la tête en bas. Carnassière, elle se nourrit de larves, de vers, d’insectes, de têtards et parfois de jeunes poissons.

Le Dytique comme la notonecte sont capables de voler pour changer de point d’eau.

 

Mais aussi…

Des animaux microscopiques sont en suspension dans l’eau, il s’agit du zooplancton. L’espèce la plus connue est la Daphnie. Il s’agit d’un petit crustacé d’environ 4mm qui se déplace en battant des antennes. Sa nage saccadée lui vaut également le nom de « Puce d’eau ».

Les crustacés sont représentés également par des animaux plus grands. Ceux-ci se nourrissent pour la plupart de végétaux en décomposition et constituent ainsi une source de nourriture importante pour beaucoup de prédateurs. On peut ainsi cité le gammare qui est une sorte de petite crevette.

Plusieurs espèces d’araignées sont liées aux mares et sont parfaitement capables d’évoluer dans le milieu aquatique. Parmi les plus connues, la dolomède et l’argyronète. Cette dernière construit une incroyable cloche de soie sous l’eau, ce qui lui permet de rester plusieurs semaines sans remonter à la surface.

On rencontre également des vers dans la mare. Les sangsues sont leurs représentants les plus connus et se nourrissent de sang d’autres substances animales. Le Tubifex, quant à lui, est un vers de couleur rouge qui se nourrit des particules présentes dans le substrat.

Sur les substrats durs (enrochements, tiges de végétaux…), vont se développer des animaux que l’on peut qualifier de « brouteurs », qui se nourrissent des algues qui recouvrent le support. C’est notamment le cas de la limnée, un petit mollusque à poumon qui remontent régulièrement à la surface pour respirer.

Les mammifères fréquentent régulièrement la mare. Tel le chevreuil ou le renard, certains viennent pour boire. D’autres y reste plus longtemps pour se nourrir comme le putois ou la chauve-souris, qui chasse les insectes volants au dessus de l’eau. D’autres enfin peuvent y vivre (putois, rat musqué). Ce dernier est une espèce exotique envahissante qui, en creusant des galeries, fait s’effondrer les berges.

Il n’est pas rare de voir des oiseaux auprès de la mare pour s’abreuver, se nourrir ou tout simplement pour se baigner. Ainsi, mésanges, canards, hérons et même rapaces sont susceptibles d’y faire une halte. Certaines espèces (poule d’eau, fauvettes…) peuvent installer leur nid dans la végétation qui entour la mare.

Découvrez notre publication sur les espèces présentes dans la mare

 

Glossaire

Le rouissage est la macération que l’on fait subir aux plantes textiles telles que le lin, le chanvre, etc., pour faciliter la séparation de l’écorce filamenteuse de la tige.